La Tanière du Loup Hirsute

dimanche 3 mars 2013

Balder et la théorie de l'acharnement

Je ne vais pas faire une longue étude du mythe de Balder dans la mythologie scandinave. Il y a de nombreuses ressources là-dessus et je ne suis pas un expert.

Je ne vais pas non plus expliquer en long en large et en travers les incohérences potentielles que ce mythe recèle, que ce soit lié à son "invention tardive" ou à des éléments discordants historiquement parlant.

J'ai juste envie de parler d'une partie de ce mythe, qui m'a fait me sentir mal à l'aise en quelque sorte.

Pour résumer brièvement, Balder est le fils d'Odin et de Frigg. Il est le dieu de la lumière et bla bla bla et tout le monde l'aime, etc.

Malheureusement pour lui, il vient un jour à faire des rêves de sa propre mort, ce qui l'inquiète. Il en parle à ses parents et sa mère décide de faire jurer à tout et n'importe quoi (métaux, plantes, animaux, maladies, ...) de ne jamais le blesser. Ce qu'ils font. Du coup, Balder se retrouve invulnérable en quelque sorte.

Je dis en quelque sorte, car ce n'est pas que les attaques ne lui font rien, c'est qu'elles ne l'atteignent jamais. C'est une légère nuance qui sert pour la suite de l'histoire.

Du coup les autres dieux, pour tester cette invulnérabilité, n'ont rien de mieux à faire que de s'amuser à lui jeter tout ce qui leur passe sous la main et à constater avec hilarité que les objets tournoient pour l'éviter sans jamais le toucher.

A priori, seul Loki ne rigole mais en même temps on ne peut pas vraiment lui en vouloir : ce n'est pas drôle.

Nous voici maintenant à l'endroit exact où mon propos bifurque : la théorie de l'acharnement.

Ca me rend malade, et je pense qu'à certaines exceptions près, nous avons tous ressenti au moins une fois un moment où nous avions l'impression que tout était contre nous, de se prendre tout et n'importe quoi en pleine poire et que ça ne finirait jamais.

Que les choses nous touchent directement ou pas, à partir du moment où nous en sommes la cible, trop c'est trop.

Il y a toujours un seuil de saturation : au début on rigole, c'est marrant deux ou trois fois. Puis ça continue le jour d'après, et encore après. Là, on atteint le seuil de l'exaspération : on râle, on menace. Et hélas si ça continue on atteint le seuil du désespoir. Là c'est grave.

On se met à faire la gueule en permanence. On n'a plus goût à rien. Il n'y a plus rien qui nous fait plaisir et il faut que quelqu'un gueule dans le cul d'un poney pour nous arracher un sourire d'un seul côté. A ce stade, on ne contrôle plus rien et on ne sait plus comment reprendre un semblant de contrôle sur notre vie. Alors la seule alternative qui vient à l'esprit est de dérailler, puisque la route semble nous conduire dans le mur. Et pour dérailler on fait n'importe quoi : prendre des substances toutes plus farfelues les unes que les autres, agir de façon inconsidérée, dangereuse, se faire du mal, ce qui nous passe par la tête suivant les personnalités et le degré d'atteinte.

Parfois ça fonctionne. La maladie, l'ivresse, l'altération de la conscience peuvent mener à réaliser comment agir quand ça ne va pas ou comment voir les choses autrements. Ca peut aussi nous mettre dans un tel état, nous déporter et faire cesser les événements qui nous touchent.

Mais parfois ça peut mener au drame. Soit parce qu'on a trop dérivé, soit parce qu'on est devenu trop faible et qu'un dernier coup devient fatal.

C'est un peu ça le parallèle avec le mythe de Balder. Quand nous allons bien, nous nous sentons quelque part invulnérables ; les petites misères arrivent à glisser sur nous. C'est un peu tester notre invulnérabilité. Parfois il y a des coups plus durs. Un seul ça peut passer. Deux, c'est limite. Trois, c'est impossible.

A force d'acharnement, il y a toujours quelque chose qui finit par se produire, je dirais même plutôt quelque chose qui finit par céder. Balder s'est pris une flèche de gui et ça l'a tué. Nous craignons toujours que le prochain coup ne soit notre flèche de gui personnelle.

La moralité, si on peut dire, de cette histoire, c'est que même s'il ne faut pas se montrer faible, il ne faut pas se montrer ou se croire trop fort et oser demander de l'aide sans chercher à tout subir par soi-même. Sinon, on s'érige en cible et il arrive un moment où tout le monde veut vous taper dessus pour voir à quel point vous tenez, même inconsciemment. (c'est la même chose que de sentir une cible de tout)

Ca ne sert à rien de se blinder, y a toujours un trou et la plupart des mythes sont là pour le rappeler. On finit toujours par se prendre une flèche de gui, ça s'est sûr, mais si on a la prudence de ne pas se mettre sur la trajectoire de toutes les flèches qui fusent, ça permettra au moins de vivre mieux en attendant.

Ca peut vouloir dire également qu'il est important de lâcher prise et de laisser les choses arriver. Si on se concentre sur des problèmes qui arriveront quoi qu'on fasse, dans le laps de temps qui sépare le moment présent et celui où la flèche sera tirée on ne vit plus.

Sincèrement, quitte à vivre sans vivre, autant mourrir nan ? Et si tel est le cas autant laisser les événements se dérouler et se préoccuper d'autres sujets en attendant.

 

Enfin bref, je ne sais pas trop pourquoi je raconte tout ça. Pourvu que ça serve à quelqu'un.

 

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jeudi 31 janvier 2013

Bon suaire...

«La mort c'est rouge et puis c'est bleu et puis c'est froid et par dessus tout la mort, c'est un silence de mort. »

La mort, elle a bien la couleur que vous voulez lui donner. Elle s'en fout. Elle n'a pas besoin d'être définie. Tout le monde connaît la mort : le riche, le pauvre, le malade, le bien portant... C'est une des rares équités de ce monde. C'est d'ailleurs une des raisons qui me font penser que l'équilibre est une forme de mort. Mais cela est un autre sujet.

Si les morts sont silencieux ce n'est pas par vertu. C'est une vision humaine qui pousse à croire cela.

Non, si les morts sont silencieux, c'est tout simplement qu'ils n'ont plus de voix à proprement parler. Le souffle de la vie les a quittés, ils ne respirent plus, ne projettent plus d'air. C'est pourquoi ils ne peuvent plus faire porter leur voix. Nombreux sont ceux qui disent entendre la voix des morts. Techniquement ce n'est pas leur voix qu'ils entendent, mais c'est aussi un autre sujet.

Qu'est-ce qu'un mort ? Il y en a de plusieurs sortes mais dans tous les cas, c'est un être qui n'est plus en vie. C'est trivial énoncé comme ça. Son cœur ne bat plus et il n'a plus de fluide.Son corps est inanimé, inerte.

Il reste son esprit. Où va ce dernier ? Que fait-il ? Cela dépend de chaque personne. C'est peut-être un choix. Certains ne veulent pas partir, laisser leur ancienne vie et errent. D'autres sont déjà ailleurs, peu import où.

Les morts ne sont pas spécialement méchants. Ceux qui errent sont simplement avides et tourmentés, car ils s'accrochent à leur ancienne vie. Ce sont les athées les pire à ce niveau d'ailleurs.

La mort n'est pas impitoyable, loin de là. Elle est, simplement. Nous avons besoin d'elle pour vivre. Nous nous nourrissons de choses mortes et nous marchons sur les cadavres de nos ancêtres. C'est parce qu'ils sont morts que nous avons la place de vivre.

Ceux qui souhaitent vivre éternellement sont fous.

Ceux qui souhaitent une finalité dans la vie sont fous.

Ceux qui souhaitent une vie de vertu sont fous.

Évidemment, la voix des morts est close au retour.

Cerbère vous empêche de revenir, Charon vous fait traverser sur sa barque.

La mort, c'est un voyage, à condition de l'accepter.

Il est normal d'avoir peur de l'inconnu, donc il est normal, contrairement à ce que disait Socrate, d'avoir peur de sa propre mort.

La plupart des gens ont en fait plus peur du deuil que de la mort, ce qui n'est pas la même chose.

Le deuil c'est la perte, la mort peut être un gain.

Je ne dis pas non plus à l'inverse qu'il faut la souhaiter ; elle viendra de toute façon.

La mort, c'est un processus, un voyage, et pour qu'il remplisse son rôle, il faut que vous soyez prêts. Ce sera plus difficile sinon.

Bien entendu, vous avez le droit de choisir la difficulté.

Souhaiter la mort, c'est souhaiter une transformation, brutale, violente.

Mais en y réfléchissant, la mort n'est pas un jouet ou un outil, pas le bouton rouge pour dire « stop ».

Si vous souhaitez une transformation, ne pensez-vous pas qu'il est possible de la faire dans votre vie ?

Quant au silence : se contenter de se taire pour se taire, c'est comme parler pour parler.

Le silence, chez les vivants, c'est fait pour écouter.

 

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samedi 4 août 2012

Salmigondi

Je me suis réveillé ce matin, en m'interrogeant sur le bien fondé de notre système de pensée, et des problèmes qui en découlent.

Notre système social, nos systèmes sociaux devrais-je même dire sont basés sur des valeurs. Notre façon de penser et d'agir est basée sur des valeurs.

C'est Nietzsche le premier qui m'a mis la puce à l'oreille dans « Ainsi parlait Zarathoustra » : l'homme est « celui qui évalue ». Quand on évalue deux choses, c'est pour déterminer comme on le ferait avec une balance virtuelle celle qui est « plus » et celle qui est « moins ». Il ne viendrait à l'idée de personne aujourd'hui de choisir quelque chose qui est le plus adapté à son besoin, même si c'est le moins, nous choisirions tous ce qui est « plus ».

Ainsi nos objectifs, notre évolution, nos inclinations sont basés sur l'évaluation : toujours aller vers le plus, ce qui est plus est mieux, allons toujours vers le mieux.

Mais quand on évalue deux choses, on ne le fait pas dans un contexte isolé : nous devons nous inclure dans la scène et dans l'équation, notre regard nous place vis-à-vis d'elles dans une situation de sélection et par voie de conséquence, de conflit.

Comment parler de vertu, d'altruisme, de compréhension, même de sagesse ?

Il faut être toujours plus fort, il faut être toujours plus intelligent, il faut être toujours plus beau, toujours plus vertueux, toujours mieux « évalué ». Notre besoin n'est plus un besoin en terme d'objet, mais un besoin d'abondance, ou plutôt devrais-je parler d'addiction l'abondance. Il nous faut toujours plus.

Notre système éducatif nous parle de civisme et d'égalité en droits alors que d'un autre côté on passe son temps à dire que ceux qui vont en filière S sont les meilleurs car ils ont les meilleures évaluations. On nous dit qu'un homme ne vaut pas mieux qu'un autre mais quelqu'un qui a de meilleurs résultats a de meilleurs opportunités : cela ne revient-il pas à contredire la précédente idée ?

Nous avons perdu l'essence et la compréhension même de ce que nous exprimons.

Les valeurs sont devenues un abus de notre langage et de notre façon de penser.

Dire qu'une chose est bien, c'est un jugement de valeur, un statut que l'on pose pour exprimer finalement que c'est une chose qu'on apprécie. Notre sentiment devient la cause d'un jugement péremptoire exprimé sur quelque chose : « j'apprécie cette chose » a pour conséquence « cette chose est bien ».

Par effet d'extension dire « je veux essayer cette chose parce que cette chose est bien », signifie en réalité « de nombreuses personnes apprécient cette chose et je veux l'essayer parce qu'en terme de probabilité elle peut me convenir » ou bien « de nombreuses personnes apprécient cette chose et je veux l'adopter pour me sentir partie d'un ensemble défini pour me construire une identité voir une sécurité».

La chose devient bien parce que de nombreuses personnes l'apprécient et la plébiscitent. Ces personnes deviennent une entité qui dit « cette chose est bien ». Dire comme eux signifie appartenir à leur groupe, les contredire signifie être rejeté par eux et donc rejeter quelque chose qui est bien, c'est à dire être mal.

En quelques lignes il est facile de démontrer l'effrayante facilité avec laquelle une telle dérive se propage et d'en envisager les conséquences : en oubliant leurs envies et par peur d'être rejetés et d'être mal, de nombreuses personnes vont soutenir la même chose que le groupe dominant par sécurité, et rejeter plus violemment ceux qui sont contre. Cela n'a plus d'importance de savoir si notre apprécions ou non l'objet de la discorde, il n'est plus un objet soumis à sentiment, il est un objet soumis à statut et ce statut accordé par l'évaluation de la majorité est « bien ». C'est une valeur. Si cette valeur perdure à travers les générations, elle sera « institutionnalisée » et ne pourra plus être contredite. C'est ainsi que nous avons érigé des aberrations comme base de notre société, perdu leur raison d'être et que nous nous sommes enfoncés dans un fanatisme absurde, opposé à tout changement de mentalité. C'est ainsi que nous avons érigé une société patriarcale, avec l'idée fortement discutable que l'homme était supérieur à la femme. Après tous ces siècles d'évolution et le récent boom technologique, le principe d'égalité en droit non seulement entre les hommes et les femmes mais aussi entre les hommes est quelque chose qui peine à être envisagé et discuté sereinement et à entrer dans les mentalités et dans les mœurs. Certaines sociétés et certains groupes y sont même fermement opposés. J'avoue que le savoir me reste en travers de la gorge et que l'énonciation même de « l'intelligence de l'homme » me donne envie de vomir.

Je devrais remercier ma mère et l'éducation qu'elle m'a donnée et qui a fait de moi l'idiot que je suis devenu. C'est parce que j'ai toujours eu de la peine à comprendre les codes sociaux et les comportements que j'ai cherché sans relâche à les comprendre, de leur source à leur paroxysme puis leur déclin.

Je crois fermement que la base de tous nos problèmes sociaux, économiques et vitaux se trouve là.

Le raisonnement par évaluation est déjà une porte ouverte aux abus et au fanatisme. En l'absence du pouvoir d'expliquer les jugements et les inclinations, la force et l'appréhension véhiculée par la foule et sa violence sont des instruments de dérive et de perdition.

Aujourd'hui nous pensons à rééduquer les délinquants : nous devrions nous rééduquer nous-mêmes. Nous transmettons des choses que nous ne comprenons plus, nous avons trop étudié et trop à transmettre pour qu'une seule vie y suffise et nous avons besoin de choisir ce qui est utile (utile pour quoi ?) par rapport à ce qui est superflu. Encore des valeurs. S'il devait y avoir une race inférieure, alors ce serait la race humaine tout entière.

Posté par loup_hirsute à 18:18 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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